Appel d’articles sur l’interculturalité par les arts dans l’éducation

Un appel à publication a été lancé par la revue scientifique québécoise Éducation & Francophonie sur le thème : « Éducation à l’interculturalité par les arts dans la francophonie »

Les articles seront publiés dans le volume 54, numéro 2, à l’automne 2026.
L’appel est proposé par Pascal Terrien, Éric Tortochot, Marie Lucy, d’Aix-Marseille Université (AMU). Il est structuré en deux axes:

AXE 1 : COMMENT L’ÉDUCATION ARTISTIQUE PEUT-ELLE FAVORISER L’INTERCULTURALITÉ ?

AXE 2 : L’INTERCULTURALITÉ FAVORISE-T-ELLE LA CRÉATION DE COMMUNAUTÉS DE PRATIQUES OU LE PARTAGE DE PRATIQUES EN ÉDUCATION ARTISTIQUE ?

L’appel est en ligne ici avec les informations sur la soumission des articles.

Le texte intégral de l’appel

L’espace de la francophonie comprend une grande variété de cultures réparties sur les cinq continents. Les arts font partie de leurs expressions singulières, et l’éducation artistique est un moyen d’y accéder. Mais cette grande variété de cultures, qui est le fondement même d’une interculturalité en actes, ne contribue pas pour autant à déterminer ce qui, dans les arts, participe à l’éducation à l’interculturalité, ce dernier concept renvoyant « à l’existence et à l’interaction équitable de diverses cultures ainsi qu’à la possibilité de générer des expressions culturelles partagées par le dialogue et le respect mutuel » (UNESCO, 2005, p. 16). En raison de ce constat, il paraît pertinent de s’intéresser aux interactions entre l’éducation artistique et l’éducation à l’interculturalité.
Nous savons que l’éducation à l’interculturalité favorise l’intégration des contradictions (Ogay et Edelmann, 2011) pour construire une relation fondée sur une reconnaissance des différences (Conus et Ogay, 2014). Cela permet notamment de considérer l’interculturalité comme une richesse (Radhouane et Akkari, 2022) parce qu’elle valorise une vision polyphonique de la culture (Lucy, 2023). La diversité des territoires, des populations et des publics présents dans les écoles (Baugnies et al., 2022; Terrien, 2021; Thomazet, 2008) de la francophonie semble donc imposer la prise en compte d’approches interculturelles, y compris par les arts.
Cependant, l’éducation à l’interculturalité par les arts semble être un défi dans le milieu de l’éducation artistique. En effet, on constate la difficulté de ses actrices et acteurs (artistes, personnel enseignant, médiatrices et médiateurs) à la faire émerger dans leur enseignement et leur pratique.

Des éléments de réponses pourraient se trouver dans les résultats de certaines recherches qui mettent en garde contre des approches interculturelles essentialistes et réductrices (Akkari et Radhouane, 2019; Lucy et Gouaïch, 2023; Abdallah-Pretceille, 2010; Zoïa et al., 2019) qui risquent de nourrir des stéréotypes ou des assignations identitaires (Hanafi, 2010), ou, encore, des approches ethnocentrées sur des visions occidentales (Dervin, 2022). En effet, certains territoires de la francophonie sont marqués par un passé colonial ayant durablement entravé la reconnaissance des cultures premières (Geneix-Rabault, 2018; Perronnet et al., 2024), et ayant généré des relations asymétriques et des inégalités. L’école et, plus largement, le champ de l’éducation sont aujourd’hui confrontés à des enjeux d’inclusion de tous les publics. Cela nécessite notamment la (re)connaissance et la valorisation des savoirs et des modes de connaissance autochtones (Abdi, 2012) pour développer des modèles d’éducation alternatifs (Assié-Lumumba, 2016) permettant de favoriser l’intégration d’une pluralité de références culturelles.
Dans ce contexte, il s’agit d’envisager l’éducation artistique comme l’un des chemins possibles vers l’interculturalité et vers la construction d’une école et d’une société plus inclusives. L’enjeu est d’éviter les dérives des approches universalistes uniformisantes pour tendre davantage vers des idéaux aux voies diverses (Abadie, 2018; Tranchant, 2023). De récents travaux de recherche sur l’éducation artistique soulignent que la pratique artistique au sein de l’école, ou en tout autre lieu d’éducation à l’art et par l’art, est un outil qui permet aux élèves de faire évoluer leurs savoirs (Chopin et Sinigaglia, 2023; Lefèvre et Matthaey, 2024; Terrien, 2021). Ces résultats suggèrent aussi que l’éducation artistique favorise un dialogue sur les arts et leurs métissages, c’est-à-dire «une pensée métisse [qui] contredit précisément la polarité de l’homogène et des hétérogènes» (Laplantine, 2024, p. 26). D’autres travaux soulignent également que l’éducation artistique conduit au développement de compétences scolaires fondamentales (Joliat et Terrien, 2021; Rosso et Terrien, 2024; Terrien et Penso, 2023). Dans les faits, si la plupart des connaissances enseignées par les arts à l’école font partie des savoirs académiques (histoire des courants, des artistes, des œuvres, des pratiques, etc.), beaucoup d’entre elles sont liées à des activités (Barbier, 2015; Mialaret, 1997) qui engagent les élèves dans une pratique artistique individuelle ou collective. Enfin, il y a les travaux qui avancent que les activités artistiques développent une attention à soi, aux autres, au monde et, plus largement, aux cultures qui soutiennent la formation (Terrien, 2014).

En privilégiant l’attention de chaque élève aux comportements sociaux et aux savoir-faire pour produire ou reproduire une oeuvre, l’éducation artistique participe à la construction d’une opinion raisonnée et conduit au partage de savoirs, de pratiques et de valeurs humanistes. Les activités artistiques bousculent également la forme scolaire en convoquant d’autres disciplines sous l’angle de la démarche d’investigation en sciences (mathématiques, sciences physiques, sciences de la vie et de la terre) ou d’approches pratiques et réflexives en sciences humaines et sociales (lettres, histoire, philosophie, langues, arts, etc.). Elles sont donc un outil de transformation de l’élève dans son rapport au monde, aux autres et aux cultures.
Toutefois, si les résultats de plusieurs études évoquées précédemment nous renseignent sur les effets d’une éducation à l’interculturalité, elles ne disent rien sur la manière dont celle-ci s’articule à l’éducation artistique, pas plus qu’elles ne révèlent leur interdépendance. Cela révèle une tension entre les prescriptions sur l’éducation à l’interculturalité et leur prise en compte dans la réalité de l’éducation artistique. Face à ce constat, l’objectif de ce numéro de la revue Éducation et francophonie sera donc de questionner la relation entre ces deux pôles dans l’espace de la francophonie à la lumière de nouveaux résultats issus de la recherche.

AXE 1 : COMMENT L’ÉDUCATION ARTISTIQUE PEUT-ELLE FAVORISER L’INTERCULTURALITÉ?
Ce premier axe doit permettre d’interroger les dispositifs d’éducation à l’interculturalité par l’analyse des dispositifs et des pratiques en éducation artistique. Qu’il s’agisse d’arts plastiques, de musique, de littérature, de théâtre, de cinéma, de danse, de design ou de toute autre forme d’expression artistique, que nous révèlent ces pratiques au sujet de l’interculturalité ? Comment la pratique artistique du personnel enseignant, des artistes ou encore des médiatrices et médiateurs éduquent-elle à l’interculturalité, et comment participe-t-elle à l’acquisition, par les élèves, d’une conscience à l’interculturalité ? Comment évoluent les représentations des actrices et acteurs du milieu de l’éducation sur leur propre culture et celle de l’autre ? Et, plus globalement, comment l’interculturalité s’acquiert-elle par les arts ? Quels sont les éléments de l’interculturalité les plus pratiqués en arts ? Et pourquoi ?

AXE 2 : L’INTERCULTURALITÉ FAVORISE-T-ELLE LA CRÉATION DE COMMUNAUTÉS DE PRATIQUES OU LE PARTAGE DE PRATIQUES EN ÉDUCATION ARTISTIQUE?
Ce second axe doit permettre de dresser un état des lieux des communautés interculturelles issues des pratiques en éducation artistique, en identifiant les parties prenantes et les personnes participantes. Il s’agit aussi de montrer, voire de catégoriser, les dispositifs favorisant l’interculturalité mis en place par des collectifs, soit à travers des collaborations, des partages de pratiques, etc. Quels types de collaborations se développent avec les artistes, le personnel enseignant ou les médiatrices et médiateurs en arts ? Comment les dispositifs mis en œuvre favorisent-ils l’émergence de communautés de pratiques ? Et quelles en sont les caractéristiques ? Comment une pratique artistique individuelle ou collective favorise-t-elle le décentrement des personnes ?

Ces deux axes peuvent être abordés selon les singularités propres aux éducations artistiques qui se déploient dans les différentes cultures de la francophonie. Les résultats de recherches (qualitatives, quantitatives ou mixtes) associant des chercheuses et chercheurs, des artistes et du personnel enseignant, ou encore des médiatrices culturelles et des médiateurs cultuels, sont les bienvenus.

Eric Tortochot
Eric Tortochot
Maître de conférences HDR en sciences de l'éducation et de la formation, UR 4671 ADEF / AMU / SFERE Provence… Lire la suite

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Eric Tortochot (9 mai 2025). Appel d’articles sur l’interculturalité par les arts dans l’éducation. GCAF – Geste Créatif et Activité Formative. Consulté le 12 août 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/13w8i


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